La France est touchée
C'est le dernier sketch en date. Un petit couple s'est offert une courte escapade à Paris. Le mari et la femme arrivent du Québec, et ils se sont installés à la terrasse d'un café. Elle, enthousiaste, respire le parfum enivrant du romantisme. Lui, grognon, ne sent que l'odeur du diesel et des crottes de chiens. Arrive le serveur. La conversation s'engage, et l'employé propose aux deux touristes de leur montrer une photo de ses gosses. Quiproquo : en français de la Belle Province, les gosses signifient les... testicules. Bienvenue dans l'univers un rien déjanté des Têtes à claques. De gros yeux, des bouches disproportionnées, des situations de la vie quotidienne qui tournent au ridicule, des propos qui virent à l'absurde. Il y a le petit couple - Lucien et Monique - qui se chamaille sans cesse et se retrouve dans la marmite d'un cannibale ou dans les griffes d'un ours une nuit de camping. Il y a oncle Tom, le présentateur d'un téléachat à l'américaine, qui tente de vous fourguer une quarantaine de "Willy Waller", de simples épluche-légumes. Il y a encore le pilote de Boeing qui perd son sang-froid en plein vol, persuadé qu'"une bombe atomique est cachée dans une canisse de jus de raisin". Et ainsi de suite, tous plus burlesques ou pathétiques les uns que les autres. Vrai qu'elles méritent souvent des claques, ces têtes-là, mais qu'elles nous font surtout mourir de rire.Michel Beaudet, leur auteur et interprète, ancien publicitaire âgé de 40 ans, se moque sans tabous mais avec tendresse de ses compatriotes et de ses contemporains. Qui ne lui en tiennent pas rigueur. Au Québec, les Têtes à claques sont ainsi devenus un véritable phénomène de société. On s'arrache les produits dérivés, tee-shirts et sodas, on visionne sur son téléphone portable les derniers sketches en date - les "dernières capsules", dit Michel Beaudet (il y en a plus de 60 sur le site). Au Québec, Michel Beaudet fait la "une" des magazines, et est invité sur les plateaux de télévision. Il a déjà refusé six propositions de longs métrages. Les premières Têtes ont débarqué sur le site en août 2006. Un mois plus tard, elles comptaient déjà plus de 500 000 fans. Aujourd'hui, soit moins d'un an plus tard, elles sont numéro un des sites francophones en Amérique du Nord, avec plus de 3 millions de visiteurs uniques par mois, dans une Belle Province qui compte à peine plus de 7 millions d'habitants, et 4,5 millions d'internautes réguliers.
